Alors oui on a eu la grosse flemme de mettre à jour de journal pendant un mois mais en même temps, devoir passer des demies journées à envoyer/sauvegarder de la photo/vidéo sur internet sans pouvoir laisser le PC s’en occuper tout seul, c’est pas toujours une occupation très poilante, surtout quand un stazunien collègue de chambrée, imberbe et imbibé vous propose une binouze en en versant quelques gouttes sur votre précieux ordinateur qui doit durer tout le voyage.

Bon le Paraguay… Pour la description rapide et les décideurs pressés (qui ne devraient pas passer du temps à lire ces lignes, d’ailleurs ils ne font pas) : au Paraguay il n’y a rien à faire, enfin presque.

Mais dans le doute, tous les backpackers que vous rencontrerez par la suite vous demanderont s’il y a vraiment des trucs à y faire après que vous vous soyez démené à vendre le pays comme point de passage obligatoire pour tous les voyageurs en herbe. Vous répondrez alors à l’aide d’un simple “RIEN” pour démonter comme un malpropre l’argumentaire pour lequel vous aviez sué sang et eau à monter en scotch et en aiguilles parce que quoiqu’il arrive vous aurez droit au sourire rassuré voir moqueur de votre (gentil) interlocuteur qui se contente de voyager de chapitre en chapitre Lonely Planet (pas de jugement, y en a qui n’ont pas le temps). “On fait ce qu’on peut, au-delà, on peut plus” (vous noterez le subtil double sens induit par l’éventuelle faute grammaticale).

Comme je n’ai fait qu’un passage éclair au Brésil juste avant, le Paraguay constitue pour moi un premier vrai contact avec l’Amérique du sud. Cela semble d’ailleurs être un bon endroit pour en commencer la découverte parce que justement, j’y ai croisé très peu de voyageurs en comparaison avec ses pays voisins : immersion optimisée et appréciée.

Le Paraguay est le deuxième pays le plus pauvre d’Amérique du sud après la Bolivie et de ce que j’ai pu en voir, les différences entre pauvres et riches sont très marquées, comme au Brésil.
Le jour où je suis arrivé à Asunción, la capitale, la Plaza Uruguaya était complètement investie par un campement de fortune (sacs et bâches plastique en tout genre faisant office de tentes). J’aurai bien eu des photos à montrer mais malheureusement, ou heureusement c’est selon, j’ai contribué, à mon petit niveau bien-sûr, à l’enrichissement du pays en faisant don de mon appareil photo à Asunción après qu’on me l’ait gentiment demandé à l’aide d’un jouet pour homme. Donc pour l’anecdote, j’ai aussi contribué à l’enrichissement de l’Argentine en rachetant ledit appareil en version moins bien et à prix d’or à Buenos Aires bien plus tard. C’est ça aussi, le commerce touristique…
Retour à la Plaza Uruguaya, le soir même, ces “campeurs” allumaient des feux avec des restes cageots à même le gazon. Le surlendemain ils avaient disparu, sûrement chassés par les autorités, laissant place aux philosophes et aux joueurs de dames avec qui je passerai un bon moment car buller et faire la siesta au Paraguay, c’est déjà commencer à s’intégrer socialement… C’est même un gage de réussite.

En effet, en plus d’être de véritables fanatiques du ballon rond (Un match à la télé ? Vite, soirée bière-foot ! Même si le match n’a rien à voir avec le Paraguay !), ici les gens prennent le temps de vivre si bien que toute interaction humaine semble simple, nombreux sont ceux qui se regroupent et déplient leurs chaises sur le trottoir à l’ombre d’un arbre, ponctuant leurs discussions intergénérationnelles de gorgées de tereré (version glacée du maté), et partageant leur guampas (le gobelet dans lequel on boit le maté/tereré) avec ceux qui n’en n’ont pas. Aussi, j’ai été étonné de rencontrer autant de vieillards en si bonne santé mais je ne suis pas resté assez longtemps pour découvrir leur secret… Tout serait dans le tereré ?

Le sourire n’est pas toujours spontané envers le voyageur, mais il suffit de saluer, de s’intéresser, pour que finalement, les gens s’ouvrent comme des fleurs et soient intarissables sur la vie au Paraguay (d’ailleurs je n’ai malheureusement pas toujours tout compris, mais pour cela je ne dois m’en prendre qu’à moi-même).
Il y a très peu de touristes au Paraguay si bien que je me suis parfois vu invité à boire le tereré sur le trottoir avec des locaux juste parce que je passais par là et que j’ai amicalement salué avec ma bonne tête de nordique. Par exemple, il m’a suffit de poser une question générique (je crois que j’ai demandé une direction) pour que l’on m’intègre dans une “tournante” de parties de Dames. L’élément commun à toutes ses invitations que j’ai honoré tant que j’ai pu a clairement été la curiosité envers l’étranger que je suis. On est aux antipodes de la sophistication parisienne et toutes les complications malsaines et nébuleuses que cela entraine, ici on a envie de savoir alors on demande, c’est tout.

Dans la même veine, j’imagine que si l’on est professeur de yoga, il y a peu de
chances que l’on arrive à gagner correctement sa vie ici. Tous les locaux sont
des maîtres Zen en puissance. On palabre, on chante et on siffle souvent dans la
rue, on y danse aussi parfois et surtout, on fait la sieste ! Plusieurs fois
j’ai eu le sentiment d’être seul au monde en pleine ville en début d’après-midi
commerces fermés et trafic minimum.
Ils sont tellement décontractés du gland pour reprendre l’expression consacrée que, et là comme il est possible qu’on ne me croit pas je vais prendre la peine de jurer que c’est vrai, plusieurs fois j’en ai vu sortir leur matériel et pisser sur le trottoir, contre un arbre, en pleine journée et en plein soleil, à la vue de tous. Non, ils n’étaient pas bourrés…
Quand j’ai demandé à d’autres locaux (tant bien que mal) si c’était une pratique courante, on m’a mimé l’expression du dégoût. M’enfin je constate…

Par-contre, je ne peux pas vraiment parler de l’autostop au Paraguay car je dois bien confesser que je n’en ai pas beaucoup fait. Quelques sauts de puce au nord d’Asunción puis d’Encarnacion, mais le gros de mes déplacements s’est fait en bus, peu chers, confortables, je me suis laissé aller à la facilité et d’après un très petit nombre de retours d’autres voyageurs a posteriori, j’ai bien fait, un peu galère m’a-t-on dit en raison du manque de voitures privées (pauvreté oblige).
Durant ces courtes expériences d’autostop, là encore, les locaux ont témoigné d’une curiosité saine envers les voyageurs et les autres pays du continent sud américain.

Tiens on peut également parler gonzesses. L’Européen et plus généralement le jeune étranger est un véritable aimant à crustacés par ici. J’ai l’impression qu’on peut en faire une généralité pour l’Amérique du sud (c’est au moins aussi vrai pour l’Argentine) mais je vais attendre un peu avant de m’avancer. Quoiqu’il en soit, le blanc nordique contrastant avec le brun local marque visiblement le changement qui fait mouche auprès de la gente féminine et/ou émasculée locale. De fait, sans vouloir faire le rustre mais tout en gardant à l’esprit qu’un voyageur solitaire et du genre masculin peut être amené à lire ceci : si on est en manque et qu’on baragouine un peu l’Espagnol, le Paraguay c’est open (avocates, infirmières, etc…). Moche, mais je voudrai préciser que je ne parle qu’en tant que témoin…

En parlant d’européens, si par hasard vous vous retrouvez au Paraguay et que vous croisez un (ou une) blond très blond aux yeux bleus très bleus, mais qu’il ne parle pas anglais, ne vous mettez pas la rate au court-bouillon, c’est qu’il est paraguayen. Oui ça fait un peut bizarre la première fois mais après ça passe, il se trouve qu’il y a une minorité germanique par ici.

La faune maintenant, il semblerait que les moineaux au Paraguay soient un peu plus cons qu’ailleurs. Un matin je me suis fait réveiller par un moineau qui venait tout simplement de se cogner à la fenêtre en plein vol. Comment le sais- je ? Parce que son copain a fait de même quelques minutes plus tard provoquant le même bruit. J’aurai pu pousser le vice en mettant de la bouffe sur le rebord intérieur de la fenêtre pour voir si ces Dupond & Dupont seraient tentés de refaire une percée mais je n’y ai pas pensé…

Ah il faut quand-même que je détaille un peu comment s’est terminé l’histoire de ma clandestinité vis-à-vis des autorités paraguayennes. Et bien lorsque j’en ai eu fini avec Asunción et avant d’aller à Encarnacion, j’ai fait un détour de plus de 300 bornes (5h de bus) pour retourner à Foz de Iguaçu au Brésil en tentant de refaire la même bêtise qu’à l’aller mais volontairement cette fois : éviter à tout prix de (se faire) s’arrêter à la frontière puis re- rentrer immédiatement à nouveau au Paraguay en me faisant tamponner le passeport cette fois.
Bah oui parce que mon problème ne se posait pas forcément vis-à-vis du Paraguay, j’y étais déjà et j’aurai eu une amende à payer, le problème véritable était pour le Brésil et l’éventualité que je veuille y retourner à nouveau après la Bolivie.
De plus, ce détour qui semble totalement absurde si l’on regarde une carte m’aura couté moins cher que si j’avais dû payer l’amende annoncée d’une trentaine d’euros à la sortie du Paraguay.
La seule chose que j’aurai perdu ici, c’est du temps, donc je n’ai rien perdu…

Bon, à chacun sa vision du pays que l’on traverse quoi…