Mention spéciale sur mon carnet aujourd’hui : “BIENVENUE AU PARAGUAY !!!”

Réveil vers 7h30, je me rends d’abord vers l’ambassade de France afin de voir s’il y a autre chose à faire qu’aller au bureau d’immigration pour régulariser ma situation et surtout savoir s’il y a des précautions d’usage à adopter par rapport à la corruption dans ce cas. Mais rien de neuf par rapport à ce que je j’ai lu ça et là… Je me dirige alors directement au bureau d’immigration. Il me faudra bien m’acquitter d’une amende fixe d’un peu moins de 30 euros, mais uniquement à la sortie du territoire. Me voilà donc au Paraguay en tant que clandestin déclaré officieusement (officieusement, car personne n’a pris note de ma situation ni de qui je suis), tout le monde s’en fout, comique de situation, je rigole tout seul une fois dans la rue.

Il est environ 9h, je n’ai pas fait beaucoup de photos et décide d’augmenter le rythme en allant dans un quartier pauvre non loin de mon hôtel. Je m’engouffre dans les ruelles, je tente de me repérer pour le retour car il n’y a pas ne nom de rue. Je prends beaucoup de photos, il y a des cours d’eau insalubres, des portraits, des photos d’ambiance… C’est dans la boite, tout le monde m’a dit bonjour, je fais demi-tour.

Je remonte la dernière ruelle qui débouche sur la sortie du quartier lorsque je me fais braquer par un jeune garçon qui n’est visiblement pas sorti de la puberté. Je ne réalise pas tout de suite qu’il est armé car j’étais absorbé : à l’aller j’avais repéré une photo à faire mais n’avais pas encore sorti mon appareil. J’essayai de retrouver cette fois le bon point de vue avec mon appareil au poing, lanière serrée.
Je regarde ses yeux, il a peur. Je baisse mon regard vers son arme et pense d’abord à un jouet. Mais elle semble lourde, il projette violement le canon en direction de mon cœur, j’en garderai un petit bleu. C’est un revolver, on dirait un six coups, le chien est armé.
Je le regarde à nouveau dans les yeux, il ne blague pas, il répète qu’il veut ma “caméra”.
Malgré un moment de ballotement (la tentation de ne pas se laisser faire même si c’est une bêtise), je n’oppose pas de résistance et je sens que son camarade, que je n’avais pas vu venir, me tire le bras droit pour desserrer la lanière et s’emparer de l’appareil.
Une fois l’appareil récupéré, tous deux repartent par derrière en courant. Transaction rapide en somme et les bons comptes font les bons amis…
Je me retourne, les regarde fuir par une ruelle, puis je vois une famille, les parents avec deux enfants en très bas âge. Le père reste stoïque et la mère a eu visiblement très peur, les sourcils levés, les larmes aux yeux, une main portée à la bouche, inspirations profondes. Je vais la voir en tentant de lui demander si tout va bien. Je comprends qu’elle me confirme avoir eu très peur. Je tente de la rassurer avec des gestes, c’est un peu le boulot du père mais bon, je ne vais pas l’engueuler non plus.

Je m’éloigne d’eux et continue ma remontée de la ruelle. Quelques secondes après, un jeune homme arrive par derrière à ma gauche et m’indique avec un regard complice qu’il y a un commissariat juste en haut de la rue, je ne l’avais pas repéré à l’aller (le commissariat). Le jeune homme me devance puis donne un coup de fil en se retournant vers moi. C’est bizarre et puis tout à coup quelque chose me frappe, il a exactement le même polo que mes agresseurs. Rouge uni avec un sigle large et noir dans le dos.

J’imagine que c’est un acolyte et qu’il voulait vérifier si j’avais l’intention de porter plainte ou quelque chose comme ça. Il n’a visiblement rien dans les poches ni à la ceinture alors comme pour vérifier ma théorie, je vais faire un pas violent en avant comme celui que l’on fait pour faire peur aux pigeons. Il entend le bruit, se retourne à nouveau puis détale comme un lapin en direction d’un quatrième faisan prêt à faire décoller sa moto. Le fuyard grimpe à l’arrière puis tous deux s’éloignent à allure suffisante.

Cette fois-ci la scène est vraiment terminée. C’est ma première véritable agression depuis le début du voyage et surtout, c’est la première fois de ma vie que je me fais braquer avec une arme à feu (dont je ne saurai jamais si c’était une vraie ou non).
Je décide de retourner à l’hôtel de façon à pouvoir prendre une douche et m’allonger si un contrecoup venait à poindre. “En attendant”, j’envoie quelques e-mails et continue mon travail de retranscription de mes notes de voyage. Mais rien ne viendra…

Dans l’histoire, je n’aurai vraiment perdu qu’un appareil photo.

Je n’ai pas porté plainte. Le commissariat en question était bien là, mais fermé, puis fermé à nouveau lorsque j’y suis retourné plus tard. Pas d’horaires affichés, pourtant nous sommes lundi et aujourd’hui n’est pas un jour férié au Paraguay. J’enrage, j’aurai pu au moins déposer une main courante pour me faire rembourser l’appareil par l’assurance.

Première journée au Paraguay, singulière s’il en est, la “taxe d’entrée” est donc fixée à un appareil photo. J’espère juste que ma “taxe de sortie”, fixée à 30 euros par l’état, ne sera pas majorée par un douanier en proie aux chants des sirènes de la corruption…

Le soir, il y a un groupe de trois jeunes français, Sébastien, Noémie et Claire, qui me saluent à la réception (je suis estampillé “Français” d’office avec mon petit sac Quechua). Après les échanges d’usage entre voyageurs (“d’où viens-tu”, “où vas-tu ?”, “ça fait longtemps que tu voyages ?”), ils m’annoncent qu’ils ont décidé ce soir de visionner “Tanguy” d’Etienne Chatiliez sur leur ordinateur portable en buvant un vin rouge qu’on leur a offert  et dont je ne connaitrai jamais la provenance. Ils me proposent de me joindre à eux, ça me semble un peu bizarre de voyager et se retrouver en plein Paraguay pour regarder un film bien français, mais après tout, ça va me changer les idées…

Mon palet de jeunot classe le vin dans la catégorie des piques-rates, ça nous fera bien rigoler et André Dussollier est toujours aussi tordant dans le film.