Réveil vers 9h30 le sang gorgé de houblon. Une longue route en perspective.
J’ai un peu tardé ce matin mais comme prévu je prends le bus pour me placer à l’endroit choisi en périphérie. Le coin ne semble pas vraiment recommandable à priori surtout que je suis chargé comme un âne, je n’attendrai qu’une heure environ avant que Pedro ne s’arrête à ma hauteur. Aujourd’hui encore j’ai énormément de chance car d’après ce que j’ai lu sur l’autostop au Brésil, il faut plutôt être du genre patient.

Pedro parle anglais, je vais avoir droit à un cours magistral sur la bouffe car Pedro est cuistot.
Nous discutons, il pleut tout le long du trajet. Pedro doit s’arrêter avant Curitiba et me dépose environ 4 ou 5 heures plus tard.

Il me faut marcher encore un peu pour atteindre un spot afin d’y jouer de ma pancarte.
Il pleut toujours mais par intermittence, c’est mieux !

Au bout de deux heures d’attente environ, je vais faire une de ces rencontres qui va marquer mon voyage. Jean-Claude parcourt le Brésil depuis plusieurs semaines avec sa camionnette achetée sur place. Le déclic pour lui a été le décès de sa femme, une envie profonde de liberté et la peur de ne plus pouvoir penser à autre chose le restant de sa vie m’explique-t-il. Il a tout plaqué dans son Jura natal et ses enfants sont adultes depuis un moment. De tout mon voyage jusqu’à présent, c’est avec lui que je vais discuter le plus.

“Le voyage que tu es en train de faire, j’aurai dû le faire depuis bien “longtemps mais j’ai été moins malin que toi : je me suis d’abord marié. J’aurai “aimé lui conter plus d’histoires que ce que j’ai vécu durant ces deux semaines, “malheureusement on s’est rencontré trop tôt !

Il serait trop long de détailler ici tous les sujets abordés avec lui, nos histoires respectives, les opportunités manquées ou honorées, les rencontres, la passion, la photo…
Et comme pour sceller une amitié naissante, une bonne galère des familles : le pneu arrière gauche va exploser. Heureusement, la camionnette dispose de quatre roues en ligne à l’arrière, il n’y aura pas de conséquence sur la tenue de route.

Jean-Claude ralentit, nous roulons environ une demi-heure avant de pouvoir nous arrêter. Il a un pneu de rechange, il faut juste s’armer de courage pour réparer sous une pluie battante en pleine nuit, heureusement nous avons nos lampes frontales !
Il ne fait pas très chaud mais nous nous mettons en maillot de bain, préférant avoir l’air de deux imbéciles plutôt que de nous trimballer avec nos affaires trempées.
Cela va nous prendre presque trois heures surtout en raison des mauvaises conditions mais aussi à cause de ce satané criquet qui manquera de nous glisser plusieurs fois dessus.

Jean-Claude est fatigué, je lui propose de conduire pour qu’il puisse dormir et environ 8 ou 9 heures après que Jean-Claude m’ait ramassé, il me dépose à Porto Alegre.
J’ai les larmes aux yeux, je ne sais pas très bien ce que je fais à Porto Alegre, je n’avais pas prévu de descendre aussi bas aussi vite, surtout que j’ai dépassé de loin Foz de Iguaçu et ses chutes, j’aurai dû bifurquer à Curitiba logiquement. Mais tant pis pour les chutes, avec un peu de chances elles seront encore là plus tard, je me suis laissé porté par ma rencontre avec Jean-Claude, ça en valait clairement la peine et le but de mon voyage n’est pas de nature géographique.

Il fait jour, grand soleil à Porto Alegre, recherche d’un lit…