Arrivée vers 6h30 à Rio. On m’informe que mon sac n’a pas été mis en soute et est resté à Paris durant le transit (apparemment cela arrive tout le temps).
Cela fait maintenant une dizaine de jours que je voyage et à chaque fois que j’ai utilisé la voie commerciale plutôt que l’autostop, il y a eu un problème !
Mon sac est censé arriver par le même vol le lendemain, me voilà donc “coincé” à Rio sans réservation pour la nuit et en pleine période de carnaval. Je sens que ça va douiller violemment.

En fait je ne suis pas véritablement ravi de la tournure de mon voyage, je n’ai pas avalé la pilule de mon échec à Laâyoune. Je voulais vraiment faire cette traversée à la voile et en plus, si cela avait été le cas, il y a de très fortes chances pour que je sois rentré au Brésil par la partie nord, du coup un tas d’options s’offrait à moi et dans le lot, deux randonnées fabuleuses sur lesquelles je comptais. Au lieu de cela, me voilà parachuté (c’est bien le terme puisque sans bagage !) en pleine mégalopole dans la moitié sud du pays. “Un taxi ?”. Me voilà de retour dans le système du commerce touristique, il a vraiment le bras long…

Quitte à devoir rester à Rio, autant profiter du carnaval, on ne va pas non plus cracher dans la soupe ! Une navette fait la jonction avec l’aéroport Santos Dumont, cela me rapproche du centre je ferai le reste à pied (8 Réais si je me souviens bien, contre environ 40 Réais pour un taxi d’après ce que j’ai lu).

Je déambule dans la ville, me dirige vers la plage de Copacabana, croise plusieurs fois le carnaval de rue. Il a été ouvert hier je crois, tout le monde est déjà chaud comme la braise. J’en profite pour passer par les deux adresses d’auberges que j’avais noté, évidemment pas de place, même au forcing…

Je marche toute la journée pour ressentir la ville, c’est dommage car il pleut et il fait très lourd. J’achète un petit parapluie pour limiter les dégâts sur mes seuls vêtements. Je fini par trouver un hôtel avec une chambre libre et je comprends pourquoi : 300 Réais la nuit avec internet en option, sans blague… Les prix doublent pendant le carnaval et internet est en option… Même certains hôtels parmi les plus pourris dans lesquels je suis allé au Maroc proposaient le WiFi à la réception (salles d’eau communes, cafards, tout ça pour 5/6 euros)…

Je sors de l’hôtel et me cherche un petit coin pour dormir dehors. Je le trouve à l’abri d’un monument très grand, pas très loin de la mer ni du centre. Je m’y assoie quelques minutes, j’en ai plein les pattes surtout que j’ai gardé aux pieds mes grosses chaussures de marche pour prendre l’avion, si j’avais su, j’aurai embarqué mes sandales dans mon petit sac, cela m’aurait évité d’avoir les doigts de pieds en chou-fleur bouilli.
J’enlève mes chaussures, le doux fumé du marcheur s’échappe lentement vers le haut et mes pieds sorte de leur apnée dans un soulagement congratulant (bref tout le monde connait ça) quand un policier qui faisait visiblement le tour du monument m’interpelle. Je ne comprends pas ce qu’il dit mais visiblement il me chasse. Je comprends mieux pourquoi je trouvai le coin bien tranquille…

Ok, va pour 300 Réais la nuit… Mais je veux quand-même négocier le WiFi gratuit dans ma chambre, ça sera toujours 13 Réais de gagnés. La négociation est longue et visiblement ma méthode du Français bourrin agace. La file d’attente s’agrandit derrière moi et l’hôtesse commence à avoir la pression, elle appelle ce qui est visiblement sa supérieure qui accepte ma demande de gratuité.

Une grosse douche et j’irai ensuite me payer un bon gueuleton avec mes 13 Réais, ça sera ma consolation ! Bien-sûr cela peut faire sourire vu le prix total surtout qu’on ne se paye pas une nuit 300 Réais si l’on est dans le besoin, mais c’est devenu une façon de penser : mon passage au Maroc, mes discussions avec les passants m’ont laissé des traces. C’est ce qu’il m’aura fallu pour comprendre.

La nuit est tombée, comme je ne sais pas trop où aller je me fonds dans le flux des passants et repère la musique, carnaval oblige, ça sera binouze en guise de dessert. C’est la première fois que je vis le carnaval de Rio et ce qui m’étonne le plus, ça n’est pas l’ambiance extraordinaire, la proximité sexuelle ni tous les autres clichés qui peuvent transpirer lorsqu’on l’entrevoie à la télévision. Non, ce qui m’étonne c’est la masse de personnes, c’est bien plus impressionnant que ce que j’imaginais. Tant de gens de tous horizons réunis juste pour faire les cons gentiment, rien que ça, ça se fête : deuxième binouze !
Le carnaval est surtout un concours et j’ai beau savoir que les écoles bâtissent les chars et confectionnent les costumes selon un thème donné, j’ai parfois du mal à le deviner juste en les regardant passer.
Une bande de joyeux lurons que je suppose être anglais à leur accent, m’embarque dans leur ronde. Comme je joue le jeu je serai récompensé à coup de plusieurs binouzes.

J’ai un peu de mal à retrouver l’hôtel et marche un long moment, m’écroule sur le lit, mes oreilles sifflent, elles ont fait honneur au carnaval, c’est bon je ronfle.