Réveil à 8h30, tri puis rangement des affaires. J’ingurgite l’équivalent de deux petits-déjeuners vers 9h15, le garçon de l’hôtel (oui malheureusement je n’ai pas trouvé moins cher si près…) me regarde avec de grands yeux. Je l’invite à ma table pour discuter avec lui car il n’y a plus personne dans la salle mais visiblement cela l’embarrasse et il décline en m’indiquant qu’il n’en a pas le droit. Je quitte l’hôtel vers 10h15, direction la route de Rabat à pied pour sortir de la ville (toujours le même schéma). Lorsque je demande mon chemin, tous les locaux sont aimables, à l’image de Mohammed, notaire, qui fera un bout de chemin avec moi pour s’assurer que je ne me trompe pas. Je découvrirai qu’en m’accompagnant il allait dans le sens inverse de sa destination initiale. Thomas avait raison : le sac n’inspire pas la crainte, même mieux, il peut inspirer la confiance.

A force de demander mon chemin, je reçois pas mal d’encouragements, la plus
récurrente étant “Bon courage !”, parfois sur un ton moqueur mais jamais méchant
il fait chaud et les marocains font visiblement tout en taxi quand ils n’ont pas leur propre véhicule. Du coup je doute qu’ils aient une réelle notion des distances si bien qu’il est difficile de s’assurer d’une distance ou d’une durée. Si une seule heure de marche à pied chargé de mes deux sacs me faisait peur, il est certain qu’il vaudrait mieux arrêter là mon périple tout de suite.

A 11h50, Ali me chope à la sortie de Tanger et m’accompagnera jusqu’à la hauteur de Rabat, sa destination. La voiture d’Ali est un peu capricieuse et lorsqu’elle passe la barre des 90 km/h, l’électronique se met en veille. C’est égoïste mais dans un sens : tant mieux, nous aurons plus de temps pour discuter.

Ali
Ali

Ali parle très bien français et pour cause, il a fait ses études à Paris. Il semble vouloir m’éduquer sur le Maroc, je le laisse parler et écoute avec attention. On survolera la politique intérieure, un peu d’histoire sans passer à côté des rudiments sur les fondements des deux branches de la religion islamique. La religion, sujet que je n’ose jamais aborder le premier et sinon uniquement sous la forme de questions génériques. Autour de nous, à mon grand étonnement, le paysage est d’un vert chatoyant. Ali m’explique que c’est bientôt le printemps et que le nord du Maroc est connu pour être la partie du pays où le taux de pluviométrie est le plus élevé. Il ne prendra un caractère un peu plus aride qu’aux abords de Marrakech le lendemain en compagnie de Rabii.

A 14h35, Ali me dépose devant un centre commercial en bordure de route avant de la quitter pour se diriger vers Rabat. J’en profite pour acheter deux bananes et une bouteille d’eau. Cela fera l’affaire en plus de mes biscuits et de mon double petit déjeuner de ce matin.
En entrant le vigil me demande de retirer tout mon barda pour le déposer à la consigne. Avec le plus grand sourire dont je suis capable, je lui dis qu’avec toutes ces sangles ça serait très compliqué pour moi et que je vais juste chercher des bananes en les montrant du doigt, elles sont à 10 mètres à peine. Il voit bien que je ne poserai pas de problèmes et me laisse entrer en me souhaitant la bienvenue. A la façon dont il le dit, je ne peux m’empêcher de penser qu’il ne parle pas seulement du supermarché.
Les caisses sont bondées, et en faisant la queue avec mes ridicules bananes face aux chariots bien remplis des deux personnes devant moi, une grand-mère a pitié de moi, seulement elle est derrière. Cela ne l’arrête en rien, elle oblige les deux messieurs de devant à me laisser passer… Je passe avec un sourire gêné car les deux bougres n’avaient visiblement pas l’intention que cela se passe ainsi.

Rabii m’expliquera plus tard, en arrivant sur Marrakech le lendemain, que ce n’est pas forcément de la gentillesse face au voyageur que je suis, bien que cela soit possible, mais plus probablement un instinct maternel enfouit très profondément chez les marocains.

La série ne s’arrête pas là, j’engouffre les deux bananes à la sortie du supermarché, mais problème : pas de poubelles. Je demande à un des vigiles s’il sait où je peux en trouver. Il cherche du regard et fini par me montrer un petit tas de détritus laissés là, au sol, sûrement par un irresponsable.
Je lui annonce que je ne suis pas venu pour salir son pays, il me regarde dans les yeux, étonné, puis me scrute des pieds à la tête, il gamberge. Il me répond alors “Viens avec moi, on va chercher”.
Nous voilà en route à la recherche du graal, “Tiens regardes, tu en as une un peu plus loin, à la station service”. Il a l’air encore plus fier que moi !

Si ces deux anecdotes ne sont pas particulièrement édifiantes, elles sont néanmoins représentatives des rencontres que j’ai pu faire au Maroc jusqu’à présent, à l’exception de Marrakech et Agadir, cités pourries jusqu’à la moelle par le commerce touristique.

Il y a un soleil de plomb, je marche quelques centaines de mètres pour trouver le spot le plus adéquat et y jouer de la pancarte, direction Casablanca. Nous sommes samedi, à peine 5 minutes d’attente seront nécessaire, incroyable !

Il est 15h40, Abdelaziz et Abdelmoumen (j’espère que j’écris correctement leurs prénoms) me prennent en stop. Ils sont développeurs logiciel comme moi mais je préfère passer sur le sujet et apprendre du Maroc et de ses habitants. Ils vont à Casablanca pour rejoindre leurs familles respectives pour le week-end.

Abdelaziz et Abdelmoumen
Abdelaziz et Abdelmoumen

Abdelaziz m’apprend qu’il ne prend que très rarement des autostoppeurs. J’inspire visiblement la confiance au bord de la route. Cela peut avoir ses mauvais côtés si la personne qui me prend en stop est mal intentionnée mais j’ose espérer qu’au final, cela me sera plus bénéfique qu’autre chose.

Nous arrivons à Casablanca vers 17h, Abdelaziz nous dépose Abdelmoumen et moi. On fait quelques photos puis Abdelmoumen me propose gentiment de me payer le taxi pour aller jusqu’au centre-ville. Nous marchons un peu en attendant de trouver un taxi, il m’apprend qu’il va bientôt se marier, j’en profite pour l’interroger sur l’organisation du mariage au Maroc. Nous prenons le taxi, Abdelmoumen en sort 5 minutes plus tard, il est arrivé à destination, je descendrai au terminus. Poignée de main, puis au-revoir de loin. Mince, n’y a-t-il que des gens d’une telle gentillesse au Maroc ?

Je me mets en quête d’un cybercafé, pas facile. J’en trouve un dans une petite ruelle complètement par hasard, coup de bol, l’hôtel le moins cher que je puisse trouver se situe dans la rue d’à coté.
Je dépose mon sac à l’hôtel à 19h puis je sors pour continuer ma visite.

Le soir, premières cloques et courbatures.
Pour m’amuser je donne un nom à chacune de mes cloques. Il y aura Roselyne, Martine puis Arlette, la petite dernière.
Je commence à retranscrire les notes de mon carnet prises sous forme de mots clés avant d’en perdre les souvenirs, c’est plus long à faire que je ne l’imaginais.