Réveil vers 8h après être resté une bonne partie de la nuit éveillé.
Mon maillot sent encore l’odeur de la cabine d’Enn. Il va falloir que je m’habitue à la rareté des douches. Je tente de monnayer une douche dans l’hôtel repéré la veille, faut pas rêver, je quitte l’hôtel sous les ricanements des piliers de comptoir qui s’étaient bien-sûr passé le mot en un temps record…
Je commence à jouer du panneau vers 8h30, la barbe, personne ne s’arrête, forcément il est trop tard pour chopper un routier qui se serait arrêté ici la veille pour dormir et franchement je ne vois pas pour quelle autre sainte raison l’on pourrait s’arrêter à Fuente de Cantos. Les poules peut-être ? Je retourne à l’endroit où Enn s’était garé, il était déjà parti. Je lui avais bien dit qu’il ne fallait pas s’arrêter ici, c’est à trois bornes de l’autoroute, je le sentais mal mais Enn, ne pensant plus qu’à son compteur, voulait pousser la route au maximum avant sa pause alors que nous passions deux puis trois stations essence juste en bordure de route, le must pour un autostoppeur.

Je marche un peu pour sortir du patelin, me rapprocher de l’autoroute et maximiser ainsi mes chances d’être pris.
Vers 9h une voiture dont l’habitacle est rempli de fumée et accessoirement de trois jeunes Portugais passe à toute berzingue à côté de moi. Une voiture, une ! Le jeune affiche un signe négatif, je rabaisse mon panneau, me retourne et m’aperçois qu’il s’est arrêté 50 mètres plus loin. Je m’approche, “Sevilla ?”, “Si si Sevilla”. J’hésite à monter, ça ne sent pas que la cigarette de si bon matin, le volume de la radio est tellement fort que la voiture danse mais je n’ai pas trop le choix.
Il roule à 170 km/h alors que les suspensions de la voiture sont aussi molles que mon duvet, double par la droite, manque de s’emplafonner une moto.
Les deux garçons à l’avant, la fille à ma gauche derrière, elle ne cesse pas de me regarder avec un sourire mais le conducteur est aux aguets. Je ne suis pas là pour fricoter. Ils sont plus jeunes que moi et ne parlent que trois mots d’anglais et d’espagnol. Ils ne sont pas bavards je tente quand-même la discussion car j’ai besoin d’un peu plus d’informations : ils vont à Milan (oui, en Italie) mais pourtant lorsque j’ai lancé l’un de mes deux sacs dans le coffre, je n’ai pas vu de bagages. Cela ne me rassure pas trop. J’ai du mal à savoir où ils vont exactement et surtout par où ils passent.
Je surveille les panneaux, toujours la bonne direction. Arrivé à la périphérie de Séville il finira par bifurquer vers Cordoba et je lui demanderai aussitôt de me laisser sur le bord de la route. Je n’aurai même pas compris comment ils s’appellent, j’ose tout de même un “It was nice to meet you” en riant intérieurement. Le conducteur redémarrera en trombe après une poignée de main virile.
Je me mets à rigoler tout seul sur le bas-côté. Sans doute la tension qui redescend… Il est 10h.

Francisco me prend à 10h05, il ne va pas du tout à Algeciras mais a pitié de moi et me dépose 5 minutes plus tard à un rond point juste avant l’embranchement pour l’autoroute. Idéal.
A 10h45, je commets ma première bourde d’autostoppeur. Cela faisait un peu trop longtemps à mon goût que j’attendais malgré le flux ininterrompu de voiture (le taux élevé de difficulté à faire du stop en Espagne est maintenant vérifié), j’accepte alors de monter à bord de la camionnette de José-Maria sans lui demander précisément où il va et surtout par où il passe. Il est de bonne volonté mais m’arrête dans un patelin dont je me souviendrai : Los Palacios ou l’enfer de l’autostoppeur. En plus d’être en Espagne, cet endroit à la particularité d’être à la fois trop éloigné de l’autoroute pour que les voitures s’y intéressent et trop près de Séville pour y accueillir des voyageurs descendant vers Algeciras pour y faire une pause.
Je vais payer mon erreur très cher, 2h30 de marche au bord de la nationale au sud du patelin pour tenter de maximiser encore mes chances. Seulement il n’y a pas un seul endroit où les voitures peuvent ralentir pour prendre un autostoppeur. Trop dangereux, je suis obligé de faire machine arrière en retournant à Séville en faisant du stop en sens inverse sur la nationale au nord. En tout j’aurai perdu 4 heures. Leçon retenue.

Sortir de Séville et arriver à Algeciras dans la journée en stop ne me semble plus raisonnable vu le temps que j’ai perdu et il est hors de question que je reste une journée de plus en Europe. Je prends alors la décision de descendre à Algeciras en autocar. Il y en a un justement qui part à 15h30, dans moins d’un quart d’heure.

Arrivé à Algeciras vers 18h, je me renseigne d’abord sur les horaires des ferries pour Tanger pour ensuite tenter de me faire prendre en autostop par les routiers qui embarquent pour le Maroc.
Malheureusement cela va trop vite, je ne suis pas assez expérimenté en espagnol pour prendre les chauffeurs par les sentiments et je vois le temps défiler. Pour la seconde fois de la journée, je suis obligé de laisser tomber le stop et j’achète un billet de ferry.

Arrivé vers 22h30 à Tanger. Je passe les histoires habituelles sur les relations entre les touristes et les rabatteurs ou autres vendeurs à la sauvette. Quitter Tanger de nuit n’est pas simple, je suis un peu fatigué alors je marche juste assez pour m’arrêter dans un cybercafé et sélectionner l’hôtel le moins cher que je puisse trouver dans un rayon minime vu l’heure. J’y arrive vers 0h30, j’en profite pour prendre une douche et pour laver mes sous-vêtements. Ca fait quand- même du bien. En me couchant à 2h30 je sens mon dos qui me dit merci. Ouf !