Debout 8h, après le petit déjeuner (confiture bananes-melons, une première), Thomas fait un détour pour me déposer à coté du péage frontalier. J’enjambe le muret et hop, me voici derrière le péage prêt à jouer de ma pancarte vers 9h.

A partir de 9h30 et pendant environ 7h30, c’est avec Afonso, routier portugais baragouinant très bien l’Espagnol et le Français que je ferais une grosse partie de la route d’aujourd’hui.

Afonso
Afonso

Avec Afonso je vais apprendre deux choses : La première est qu’en Espagne, la
majorité des routiers prennent les nationales et non les autoroutes car elles
sont gratuites. La deuxième est qu’un routier n’emporte jamais de décapsuleur,
il utilise son camion pour décapsuler, n’importe quelle protubérance rigide fera
l’affaire. “Tu vas voir, avec moi tu vas connaitre tous les trucs de routiers
!”. Afonso partagera non seulement son savoir avec moi mais également son repas
sandwich, binouze durant sa pause de 45min à Estepare. Je l’accompagne pour qu’il achète sa nourriture, je ne prends rien car j’ai mes biscuits. En regardant la taille de son sac de provisions à notre arrivée au camion j’ai un doute : “Afonso tu n’as rien acheté pour moi j’espère ?”. Afonso déballe immédiatement le pain, le salami et le formage, me tends son couteau avec insistance “Tiens regardes tu prends, tu coupes un bout de pain comme moi et tu y mets des tranches” en me montrant le salami et le fromage. Il me connait à peine et m’offre son sandwich, celui-là meme qu’il aurait pu garder pour le soir ou le lendemain.
J’en ai les larmes aux yeux, je l’en remercie chaleureusement. Je ne fais vraiment pas ce voyage pour rien.

Le déjeuner du routier
Le déjeuner du routier

Le 40 tonnes d’Afonso roule à une vitesse moyenne de 90kmh (avec des points à 40kmh en montée).
Il y a beaucoup d’éoliennes sur la route, on discute de la pluie et du beau temps, des femmes qu’Afonso peut rencontrer parfois pendant ses déplacements professionnels. On écoute de la musique, ça va de la musique classique (un moment “Jean Yann”) à la dance portugaise. Toujours le volume à fond et tout ceci en discutant évidement !

Vers 17h10, Afonso me dépose à la station de Pedrosillo (coin paumé). Coup de bol, Enn, chauffeur estonien part à 17h45 de la station en m’emmenant. La cabine de son camion sent indiscutablement le fauve, un rasoir des années 70 traine sur le tableau de bord. Enn étudie visiblement la dissolution des mégots de cigarettes dans des fonds de café, il en a une véritable collection.
Lorsque j’ai approché le camion d’Enn, je l’ai vu se frotter les yeux avec insistance. Mes soupçons se confirmeront : Enn est épuisé. Je “force” la discussion avec lui pour le garder en éveil. Dans le fond c’est peut-être pour cela qu’il m’a accepté à bord.
Bien qu’Enn n’inspire pas franchement confiance de prime-abord (et comme pour me faire douter encore plus, il s’arrêtera une demi-heure plus tard après le départ pour acheter une bouteille de vodka), c’est un mec sympa qui semble subir sa vie plus qu’autre chose.
Enn parle mal anglais et j’ai du mal à le suivre mais je sens bien qu’il fait preuve de beaucoup de bonne volonté pour continuer notre discussion alors je tente de l’aider autant que possible. Moments de franche rigolade et parfois petites impasses de compréhension dues au manque de vocabulaire, notre discussion sera tout à coup interrompue par le passage de “Voyage, voyage” sur une radio espagnole. “Hey ! Mais je connais ça ! C’est français et vieux !” s’exclamera-t-il.

Enn
Enn

Enn me dépose vers 22h30 dans un patelin, Fuente de Cantos, car il doit s’arrêter pendant une dizaine d’heures pour sa pause réglementaire. Il en a besoin. Il me propose de sortir mais de garder mon sac le temps d’aller voir où je peux dormir. Je ne le connais pas depuis assez longtemps pour cela, décline, puis part chercher un coin où dormir.
Il y a bien un hôtel, je me renseigne, 20 euros sans petit déjeuner alors c’est le moment d’essayer mon duvet. Il fait un peu froid, a priori dans les 5°C. Ca sent le purin et il y aura du bruit de passage de véhicules toute la nuit malgré mon éloignement. Je me réveille avec la rosée du matin sur le nez. J’ai déjà mieux dormi mais je n’ai pas eu trop froid.